Les arts martiaux philippin

Développement des qualités dans les arts martiaux philippins

 

 

 

 

 

 

Warriors Eskrima : un aperçu
By N. Kasama Guro Graham Lawrence

Qu’est-ce que le Warriors Eskrima système ?

Le mot «eskrima» vient de la langue espagnole où il signifie l’escrime ou encore l’escarmouche. Aux Philippines, l’eskrima est un des noms donnés aux arts martiaux dont les méthodes d’entraînements et les principes sont tirés du maniement des armes, plus précisément des bâtons et des lames. D’autres personnes l’appellent Arnis ou Kali, sans compter les nombreuses autres appellations propres aux dialectes des Philippines.

Les traditions martiales de nombreuses cultures ont l’habitude de commencer leur apprentissage par la maîtrise du combat à mains nues, pour ensuite se pencher sur la maîtrise des armes selon le principe de l’extension du corps. À l’inverse, les AMP (Arts martiaux philippins), intègre les armes dès les premières étapes de l’apprentissage avec pour avantages :

· d’accroître la concentration et la coordination, ainsi que le temps de réaction du pratiquant

· de prendre conscience que tout objet peut servir d’arme

· de connaître l’utilisation de chaque arme ; élément essentiel en vue de pouvoir s’en défendre

· d’accroître la compréhension et l’agilité de la réponse à une attaque grâce à la transiton des principes gestuels des armes aux mains nues, ou d’une arme à une autre, déjà apparente dès les premiers stades.

Parmi les nombreux systèmes et enseignants des Philippines, sont ressortis de grands combattants et d’importants enseignants. Parfois, ces individus, ainsi que leur système, s’est concentré sur certaines particularités de l’entraînement, reflétant leur intérêts et qualités propres. Il existe des systèmes qui se concentrent sur l’utilisation de 5 angles d’attaques, sur le « thrusting »(pointer) plutôt que sur le « slashing »(frapper violemment), sur des frappes de type « figure-8 », sur un bâton et les mains nues, d’autres voient la base de leurs attributs martiaux dans le combat à bâton et couteau combinés. Cependant, la plupart des systèmes couvrent une grande variété d’armes et d’attributs martiaux au sein de leur enseignement. Le Warriors système en fait partie.

Le Warriors système est une synthèse de nombreux styles et systèmes étudiés par Grand Master Abner G Pasa, habitant à Cebu dans les Philippines. GM Pasa est un homme doué, avec un esprit guerrier et une intelligence analytique hors du commun d’un philosophe. Il eut de sérieux combats (au sein de la police en tant qu’officier, mais aussi en réponse à des challengers). Son système intègre intelligence, conscience et ruse avec une profondeur et un grand éventail technique.

Les élèves apprennent le maniement des armes, les frappes des armes du corps, les clés, les étranglements et les strangulations, le « trapping » (le combat à courte distance) et la mise en déséquilibre. L’enseignement se déroule généralement par le travail à un bâton en premier, puis la défense contre le couteau et le travail des mains nues, puis la combinaison de diverses armes (deux bâtons, bâton et couteau, sabre et couteau). Cependant, avant tout détail additionnel par rapport aux méthodes d’entraînements, une meilleure compréhension de l’origine historique et des principes de la pratique du Warriors Eskrima système semble s’imposer.

L’Histoire et les origines.Pour n’importe quel public avisé par rapport aux arts martiaux philippins (AMP), le pédigré technique du Warriors Eskrima système est conséquent.

Deux des plus grands noms de l’histoire des AMP sont Venancio « Ansiong » Bacon, le fondateur du système Balintawak et la famille Canete, pratiquants fameux et fondateurs conjoints (avec d’autres instructeurs) du club Doce Pares à Cebu. Abner Pasa étudia l’Eskrima sous un des meilleurs élèves de Bacon, Liborio Buring » Heyrosa, et sous 2 instructeurs de la famille Canete.

GM Pasa étudia le maniement du long bâton du système Largo Mano d’Eulogio « Ingko Yoling » Canete du club Doce Pares et devint l’héritier de ce système.

Ingko Yoling, quand il mourut, demanda à Abner Pasa, en tant qu’élève avancé, de promouvoir l’art. GM Pasa fonda l’institut des arts martiaux philippins connu sous le nom du sytème "Warriors Eskrima".

L’institut permit de s’entraîner avec d’autres grands maîtres qui avaient tous influencé le Warriors Eskrima système-Liborio Heyrosa, Vicente « Inting » Carin, Fortunato « Atong » Garcia, pour en citer quelques-uns. Le curriculum de l’enseignement reflète la richesse technique de ses origines, incluant les techniques « staff » (sibat) du système d’Atong Garcia, ainsi que des captures « olisi y baraw » de Mornoy Canete, d’Inting Carin, de Ritirada, d’Herada et de Largada.

GM Pasa distingue l’Eskrima traditionnel ou combatif de l’Eskrima compétitif ou sportif. Certains pratiquants de l’Eskrima Warriors prennent part à des compétitions sportives, mais il faut rappeler que l’approche sportive diffère fondamentalement : (a) elle doit mettre l’accent sur l’offensive plutôt que sur la défensive afin de marquer des points ; (b) un rattachement à un équipement de protection en vue de prévenir des blessures potentielles qui conduirait à une incapacité de se défendre soi-même efficacement et, potentiellement, qui pourrait être fatal dans une réelle rencontre. Le sport, ainsi, devrait être complété par l’art plutôt que d’être envisagé comme une alternative à ce dernier.

GM Pasa a fait de nombreux efforts afin d’intégrer les AMP dans le système éducatif des Philippines afin de promouvoir leurs valeurs culturelles et psychologiques ainsi que de servir d’exercices physiques. Son approche a pour but de servir des AMP afin de donner des valeurs au monde moderne. Pour certains il sera facile de sous-estimer ce qu’il a à offrir, en interprétant son art uniquement comme une relique de champs de batailles d’une époque martiale pré-technologique. Son but premier reste un moyen efficace d’auto-défense. Seulement, aujourd’hui, dans nos sociétés, la pratique a pour but le développemet personnel à travers la patience et le respect, l’auto-discipline, la connaissance et l’auto-défense dans un sens bien plus large. Rester actif et alerte est une défense contre la mauvaise santé et la monotonie de l’esprit, en développant une attitude de maturité et de confiance capable de désarmer et d’immobiliser des élans agressifs et bien d’autres choses.

Une motivation première est alors de chercher, d’accomplir et de partager l’excellence. Si quelqu’un améliore ses attributs, cela n’affecte pas ceux des autres ; en fait, si on s’entraîne avec celui-ci, cela ne peut que le rendre meilleur.

GM Pasa dit que rien n’est absolu. Chacun atteint sa propre compréhension à travers son expérience professionnelle et ses attributs personnels. Une technique perçue comme inefficace par certains peut correspondre à d’autres. En se développant le long de son propre chemin martial, tout instructeur est libre d’adapter ou d’assimiler des techniques d’autres arts afin d’enrichir sa propre efficacité. Dans le même temps, le Warriors Eskrima a un bagage technique d’une grande envergure. Son immense variété permet à celui qui le pratique de passer à d’autres arts. La limite à laquelle ces derniers développent leur potentiel dépend d’eux bien plus que du système.

 

En Grande-Bretagne et dans le reste du monde, le Warriors Eskrima est sous la tutelle d’un des élèves avancés de GM Pasa, Pangulong Guro Krishna Godhania.

Les principes

Avant de considérer la richesse de l’apprentissage en terme de qulités physiques, il est indispensable de réaliser que GM Pasa lui-même cherche à réduire les techniques aux principes.

Cette démarche qui consiste à se concentrer sur l’essence même est la contribution de GM Pasa au Warriors Ekrima système.

Certains commenceront par apprendre des clés de bras ou des contre-attaques spécifiques, par exemple, mais le but recherché est la conscience du possible : résultat d’un angle particulier ou de la configuration d’une arme ou de l’ouverture ou de la fermeture d’une ligne d’attaque potentielle.

Les qualités importantes développées alors ne sont pas « la technique no 1 » ou « la technique no 2 » mais la capacité à s’adapter et à agir de manière appropriée par rapport à sa position et sa situation. L’utilisation de la « live hand », c’est-à-dire la main nue, n’est pas non plus une technique particulière mais un moyen d’apprendre à contrôler la main de son adversaire, à restreindre ou à manipuler délibérément ses options d’attaque, à le berner ou jute à le distraire.

Un autre principe important du Warriors Eskrima est l’universalité, c’est-à-dire la capacité de comprendre comment les principes appris dans un aspect de l’art s’appliquent dans d’autres aspects plutôt que d’être restreints à des applications séparées. Cela s’étend à la vie : apprendre à se relaxer et à ne pas s’opposer aux pressions de certains mais plutôt utiliser ces pressions à son propre avantage est un concept clairement transposable d’une rencontre physique à une situation sociale ou professionnelle.

Peut-être le principe ultime du Warriors Eskrima est la conscience. Cela commence par celle de son environnement :

- Avoir conscience des dangers potentiels d’un espace.

- Etre continuellement en état d’alerte, ne jamais prendre les choses pour un acquis de telle sorte à ne pas être par surpris

- Si une rencontre potentiellement dangereuse débute, quelle est la nature de l’environnement ?

- Existe-t-il suffisamment d’espace pour se déplacer ?

- Quelle est la nature de la surface et quelles en sont les implications pour les combattants ?

- Existe-t-il des issues de secours ?

- Combien y -a-t-il d’adversaires et pourrait-il y avoir des adversaires cachés ?

- Si oui, où ?

- Puis-je utiliser un des adversaire comme bouclier contre d’autres ?

- Quelle direction ou zone devrais-je éviter ou me déplacer vers ?

Il existe de nombreux aspects à la conscience de l’importance égale des armes : il se peut que je n’aie pas encore vu le couteau mais que mon adversaire s’apprête à l’utiliser.

- Y-a-t-il quelque chose sur ou près de moi que je puisse utiliser comme projectile ?

- Il me faut penser comme un combattant au couteau. Si un de ses membres est à portée, je peux utiliser les coudes ou des clés.

- Si une arme est visible, quelle influence ses caractéristiques auront sur ma stratégie ? Eviter ou contrer un club ou une batte de baseball présente un danger autre et exige une stratégie différente que d’éviter ou contrer une arme coupante.

- On est presque toujours « désarmé ». Qu’ai-je à portée de main qui puisse servir d’arme (comme attaque ou de jet) un parapluie, des clés, un stylo, des pièces, un journal, une mallette, une ceinture, un foulard ?

Finalement, peut-être la plus importante forme de conscience est d’essayer et de développer un jugement honnête de ses forces et capacités et d’éviter la complaisance sur les capacités d’un adversaire potentiel ou d’un danger : une telle complaisance pourrait être perçue comme de l’arrogance suicidaire.

CE QU’ON APPREND

Il existe cinq étapes dans l’acquisition et la pratique du Warriors Eskrima ou même dans tout Art martial :

- Apprendre l’acquisition des qualités motrices fondamentales

- Pratiquer la répétition afin d’intégrer ses qualités dans la mémoire, les muscles, l’équilibre et le système nerveux.

- Maîtriser, réussir les mouvements et les techniques avec une grande habileté afin de maximiser l’efficacité, de minimiser la vulnérabilité.

- Rendre fonctionnel, apprendre à les appliquer dans la pratique avec la vitesse appropriée, l’intensité et contre une certaine résistance ou contre la pression.

- Maintenir, revoir périodiquement ses qualités afin de s’assurer de leur fonctionnalité.

LES ASPECTS DE L’ENTRAINEMENT

Le premier degré de pratique est le bâton seul.

Ce système utilise douze angles d’attaques servant de cadre de travail pour apprendre les déplacements évasifs, les angles du corps, les zones, les distances et la coordination entre la main vide et la main armée.

Les techniques sont pratiquées bâton contre bâton et main nue contre bâton. Ces techniques commencent par des contre-attaques, premièrement simple ou double frappe puis elles intègrent des combinaisons connues sous le nom de « largada » (une réponse à quatre coups) et « herada » (une réponse à sept coups).

La progression des techniques va des techniques de désarmement et de clés (toutes enseignant les principes de levier), aux étranglements et strangulations ainsi que les jetés et les « takedowns ».

A partir des ces « slash » et des ces percées directes, l’élève apprend des manières variées d’utiliser le bâton, comme le arco (qui utilise une ligne d’attaque répétée dans le cas où la première attaque aurait échoué ou aurait été détournée) ; le « redondo » (souvent mais pas toujours sur un axe vertical et circulaire) ; le « abaniko » (rapides torsions de poignet dans une série d’attaques foudroyantes). Toutes ces combinaisons conduisent à l’utilisation sophistiquée des feintes et des attaques.

Afin d’améliorer la vitesse des mains, de développer un répertoire et d’acquérir des séries variées de combinaisons rapides pour maintenir la pression sur l’adversaire, l’élève apprend dix « amarra » des exercices de bâton seul. Ceux-ci peuvent être utilisés comme contre-attaque lors d’entraînement avec son partenaire mais aussi seul.

Contrairement à d'autres arts martiaux qui utilisent souvent de longues séquences de mouvements pré-arrangés comme méthode d’entraînement et d’enseignement, les Arts martiaux Philippins préfèrent les « flow drills ». Ceux-ci sont des drills d’entraînement dynamiques entre deux personnes qui développent l’habilité de passer doucement de l’attaque à la défense. Cette méthode aide au timing, aux réflexes, à l’appréciation de la distance et à la coordination.

Une fois que le « shell », la séquence de base d’un « flow drill », a été apprise, d’autres variables peuvent être introduites à différents degrés. Le « flow drill » de base peut alors être compris comme la fin d’une gamme d’activités, avec une routine sûre et prévisible à une fin et un combat libre à une autre fin. L’élève progresse graduellement au travers de plusieurs variables et pressions. Ce dernier peut, grâce à l’introduction de feintes, rendre ses drills de moins en moins prévisibles et de ce fait ses qualités s’améliorent.

Les principaux drills du Warriors Eskrima sont :

- La courte distance « higot hubud » (lier et délier) ;

- La distance moyenne à cinq coups « payong sumbrada » - « payong » signifie le toit et indique le nom du bloc au-dessus de la tête et « sumbrada » qui signifie faire de l’ombre, c’est-à-dire suivre son adversaire ;

- « Punyo sumbrada » qui varie entre la distance moyenne et la distance courte (distance où l’on utilise le pugno) ;

- La longue distance à cinq coups « singko singko » (« cinq cinq » de l’espagnol cinco cinco) se concentre sur la percée et les qualités d’esquive avec déplacement ;

- « Pak gang » (« un pour un ») qui augmente la pression afin d’améliorer les qualités de blocage et d’esquive. Il peut aussi servir à augmenter la conscience du trapping en contre-attaque. Ce drill introduit diverses variations ;

- « Sunkite y florete », ce drill enseigne la défense sur des lignes hautes et basses et introduit la contre-attaque à contre-temps.

Une fois ces qualités fondamentales au bâton acquises, le combat est introduit et enseigné progressivement. Des bâtons d’exercice sont utilisés par sécurité et initialement l’accent est mis sur l’acquisition de qualités défensives en utilisant à la fois des blocs ou des mouvements évasifs simples de la main. L’unique cible permise à ce stade précoce est la main armée de l’adversaire. Cela fournit l’expérience de la difficulté d’utiliser la main nue et de contrer effectivement face à un partenaire d’entraînement non coopératif.

La progression ensuite est l’addition de cibles permises : d’abord la jambe avant puis l’autre main puis le corps. Les attaques permises sont aussi graduellement augmentées du « slash » à l’ « aboniko » au « redondo ». Cela peut servir d’entraînement à la compétition au gré du souhait du participant ; des protection rendent les frappes à la tête admises ou possibles sans danger pour les combattants et un accord peut être conclu sur la possibilité de permettre certaines frappes de la main nue ou encore des attaques à courte distance du pugno ou des takedowns ou soumissions au sol.

Le plus haut niveau de pratique de combat au bâton est la pratique du « palakaw » (« se déplacer librement »). Celle-ci n’existe pas dans nombreux systèmes d’Eskrima ou demeure caché. Cette pratique requiert l’entraînement et les réflexes nécessaires à l’utilisation du timing et de la réaction à courte distance et à pleine vitesse. Elle demande un haut degré de sensibilité et de relaxation ; une grande subtilité à la ruse et une importante compréhension des lignes d’attaque.

Le palakaw développe bien plus l’utilisation de la main nue et des qualités propres au trapping. Il exige aussi un excellent contrôle de soi étant donné le manque de protection. Lorsque l’on pratique à ce niveau technique, les frappes au partenaire d’entraînement ne sont pas nécessaires ; le pratiquant expérimenté devrait être capable de reconnaître si une ligne d’attaque a été ouverte ou fermée ou pénétrée avec succès. L’objectif de la pratique n’étant pas de blesser son partenaire d’entraînement mais de développer les qualités personnelles d’un combattant sophistiqué, en permettant au pratiquant de faire face à des attaques et ainsi de pouvoir se défendre à diverses distances et à pleine vitesse sans sacrifier la sensibilité, la relaxation, la ruse ou la conscience des lignes d’attaque.

Même les degrés fondamentaux du palakaw peuvent être difficiles à maîtriser. Ce dernier a une structure progressive qui introduit de nouvelles variables à différentes étapes comme les frappes du pugno, les percées (thrust), les attaques de la main gauche, les coups de pied bas et bien d’autres.

La deuxième zone de l’apprentissage est le couteau.

Une rencontre sérieuse avec un couteau ne durerait pas très longtemps. Bien que les capacités cardio-vasculaires s’avèrent très importantes, pour d’autres raisons toutefois, ces dernières ne sont pas essentielles pour faire face à une attaque au couteau. L ’entraînement se concentre alors sur le développement de réflexes appropriés et de qualités propres.

A nouveau ce cadre de travail d’apprentissage utilise un système d’angle d’attaque. Il commence par des attaques de base, des « slash » et des « thrust ». L’élève apprend dans un premier temps des mouvements défensifs sans lesquels un contre serait inefficace. Il est nécessaire d’avoir une structure d’entraînement sûre dans laquelle on dépasse la réticence naturelle face à un adversaire armé. Le second point est d' introduire le principe de contrôle de la main armée.

Les principes sont alors :

- D’être conscient des positions de dissimulation de telle façon à pouvoir détecter le potentiel d’un opposant utilisant une arme. Ceci permet de faire face à une situation avant sa survenance.

- D’être capable de se défendre soi-même et de frapper l’adversaire ; de se défendre et de le désarmer ; ou, si le désarmement paraît impossible, d’utiliser l’arme de l’adversaire contre lui-même.

- Dans le cas d’une menace au couteau avec un contrôle d’une main, il me faut être capable d’utiliser les leviers possibles et les mouvements de défense pour le désarmer et contre-attaquer.

Les techniques pour faire face à une attaque sont les clés, les étranglements, les strangulations et les amenés au sol. Face à la pression et la direction de l’attaque, l’accent de la réponse doit se concentrer sur l’utilisation de l’énergie produite par l’adversaire lors de l’attaque plutôt que d’imposer sa propre force.

Le combattant au couteau avec peu d’entraînement est le plus dangereux de tous. Plutôt que de fournir les attaques claires il est bien plus enclin à utiliser des feintes et des attaques non linéaires. A l’exception de la fuite, il est indispensable de se servir d’une arme ou d’un projectile personnel afin d’augmenter ses chances de succès et de survie.

Ces drills d’entraînement désignés spécifiquement dans le but de faire face aux caractéristiques d’un couteau permettent l’acquisition des qualités appropriées. Ces drills incluent le « palasut » ( qui signifie «  faire passer ») qui améliore le contrôle de l’espace et l’utilisation de la main nue ; m’  « agak » (donner et prendre ») lequel ajoute plus de trapping ; et le « tapi tapi » lequel développe la sensibilité nécessaire à la défense au combat à courte distance face à un couteau.

Ces drills ont souvent des variations dans leur structure. Le tapi tapi, qui est juste une onomatopée du son de la main qui tape sur l’avant-bras, peut être enseigné avec un grand niveau de difficulté en introduisant des mouvements moins prévisibles par celui qui tient le couteau, en faisant des mouvements de défense doubles, en attaquant avec la main nue, en attaquant avec des angles différents, avec des attaques à deux niveaux ou des changements de main.

Malgré l’horreur et la tragédie d’une attaque réelle au couteau, les élèves perçoivent souvent les drills au couteau comme une activité très agréable ; ils combinent les réactions très rapides et des qualités de survie, de la ruse, des mouvements du corps avec le danger potentiel d’un couteau mais la réalité d’un entraînement sûr.

La troisième zone de pratique est le « pangamut » (les mains nues).

Celui-ci incorpore à la fois le « panantukan », la boxe des Philippines, combinant des qualités d’attaques pour le combat plutôt que pour le sport, en incluant les coudes et les pieds, et « dumog »qui se concentre sur les clés et les mises en déséquilibre.

Le drill d’entraînement en combat à courte distance du « higot hubud » comme mentionné plus haut, est aussi introduit à un stade précoce comme un drill sans arme.
Cela encourage initialement le contact à courte distance et enseigne les blocages et les esquives et permet aussi de développer la sensibilité à la pression et à la direction de l’énergie de l’adversaire. L’introduction du changement de garde et des zones d’attaque intérieure et extérieure permet d’accroître la coordination ainsi que les qualités de déplacement.

Le « hubud » peut ainsi servir de cadre de travail pour l’introduction et la pratique répétitive d’une variété d’aptitudes tels que la destruction des membres, le trapping, la mise en déséquilibre et les clés. L’imagination du pratiquant peut se porter à d’autres types d’attaques et de technique, telles que les strangulations et les mises au sol. Le principe de  « destruction des membres » vient du combat au couteau ; s’il n’y a pas de couteau, le concept de couper et d’endommager les membres de l’adversaire est maintenu selon le principe d’universalité. En utilisant ses coudes ou articulations comme un substitut au couteau, on réduit ou déplace sa capacité à utiliser un de ses membres contre soi-même. Le principe du « trapping », l’immobilisation d’un membre et/ou la fermeture d’une ligne d’attaque que l’adversaire pourrait utiliser est employée pour restreindre les options de l’adversaire.

Les déplacements de base utilisent des triangles simples et les principes de zones moins dangereuses par rapport à une attaque potentielle. Le sens de la distance ainsi que l’utilisation de la mécanique corporelle devraient déjà avoir été développés au travers de l’entraînement avec le bâton et être adapté aux aptitudes propres au combat sans arme.

Les paos d’entraînement sont utilisés dès les premiers stades. Lorsque ceux-ci sont utilisés intelligemment, leur usage inclut l’amélioration de la forme et de réflexes et l’efficacité de la puissance de frappe combinée aux déplacements ainsi que la défense. Une fois que l’élève utilise efficacement les combinaisons de frappes à mains nues on y ajoute les pieds, les genoux, les coudes et les esquives.

Les réponses potentielles ainsi progresseront vers l’inclusion d’autres options telles que les clés de bras, l’utilisation du bas du corps pour la mise en déséquilibre ou la projection de l’adversaire ainsi que le combat au sol si nécessaire.

La pratique du « dumog » vise le combat de lutte debout incluant les clés, les mises en déséquilibre ou les contres plutôt que le combat au sol. Il est préférable d’éviter le combat au sol spécialement dans le cas où il peut y avoir plusieurs attaquants. La présence d’un couteau aussi changera significativement le danger potentiel du combat au sol.

Les combats à mains nues peuvent être enseignés progressivement. Par exemple en limitant l’utilisation d’une main puis en incluant les deux mains ; en utilisant que les pieds ou en autorisant qu’une main et un pied ; jusqu'à l’ajout des coudes et des mises au sol. Il est possible d’introduire au sein de ces combats la possibilité d’être face à un adversaire armé d’un bâton ou d’un couteau ou même de plusieurs adversaires armés ou non armés. La dernière étape de l’entraînement peut s’inscrire comme la combinaison de toutes ces armes. Cela représente bien plus qu’un type d’entraînement car l’utilisation de deux bâtons ou d’un bâton et d’un couteau ou encore d’une épée ou d’un couteau ont leur propre stratégie et caractéristiques.

Le fait d’avoir une arme dans chaque main permet d’améliorer la coordination ainsi que prévenir l’apparition ou le développement d’un combattant figé. L’entraînement débute avec des frappes et des slashings avec deux bâtons puis sont introduits les thruts, une fois la familiarité acquise des blocages, des esquives et de la coordination.

Les dills de coordination incluent des drills communs aux autres styles des AMP, tels que le « kob kob » et le « sinawalli ». Le kob kob est pratiqué dans une position ouverte avec un bâton de chaque côté du corps alors que sinawalli utilise une position fermée avec une plus grande variété d’angle. Il comporte de nombreuses variations et se pratique généralement dans des drills à six coups. Les drills à cinq coups développent une coordination légèrement différente notamment grâce à la combinaison d’attaques à hauteurs variées ou encore avec des tenues de bâton différentes.

La progression se fait au travers des drills à deux bâtons, appelés « payong sumbrada » et « pak gang ». Ces drills existent aussi dans l’entraînement à un bâton mais dans le cas de deux bâtons, ils demandent une plus grande coordination et introduisent la possibilité de servir de miroir.

Les techniques avec deux armes peuvent aussi être enseignées séparément en dehors du cadre de travail des drills. Elles sont importantes au développement de la conscience des différentes lignes d’attaque et se fondent dans le combat à main nue. En assumant avoir perçu l’imminence ou avoir survécu et être conscient après une attaque, une fois l’adversaire obligé à se défendre, alors, le pratiquant entraîné aura inévitablement usé des possibilités de contre-attaques. Il peut devenir extrêmement difficile pour l’attaquant de réitérer une initiative.

La conscience des différentes lignes d’attaques est encore plus parfaite au travers de l’entraînement au bâton et au couteau (généralement le couteau dans la main gauche et le bâton dans la main droite). Alors les mouvements offensifs et défensifs changent en raison des caractéristiques du couteau.

Un des aspects de ce type d’entraînement est l’utilisation de captures. Celles-ci accroissent la familiarisation des lignes d’attaque en combinant dans un premier temps le trapping et la feinte (en encourageant l’adversaire à attaquer une ligne ouverte délibérément). Deuxièmement, ces positions peuvent être entraînées avec une variété de techniques de contres-attaques.

Il existe des systèmes d’AMP qui se réfèrent aux techniques de bâtons et de couteaux ou au travers du nom espagnol « espada y daga », mais cela est techniquement incorrect. Par exemple, une capture peut inclure la prise d’un bras autour du bâton de l’attaquant (soit en vue de restreindre ses mouvements ou afin de le désarmer). Cela serait clairement inapproprié s’il s’agissait d’une épée plutôt que d’un bâton.

En fait, les techniques d’épées et de couteaux sont bien plus anciennes que celles de bâtons et de couteaux. Cela est compréhensible historiquement que l’utilisation du bâton, plus sûr, a servi de substitut aux techniques d’épée. A un stade ultérieur, les caractéristiques du bâton devinrent plus appréciées en raison de la possibilité de casser ou de tordre un des membres, ce qui ne se fait pas avec l’épée.

Le Warriors Eskrima, de ce fait, distingue la pratique plus ancienne de l’épée et du couteau (espada y daga) de celle du bâton et du couteau (aussi appelé « olisi y baraw »). L’épée et le couteau utilisent à nouveau un système d’angles d’attaques avec le principe d’attaque secondaire à des niveaux hauts ou bas. Cependant, les contres utilisent des coupures ou des percées caractéristiques à l’épée, bien plus que des frappes de bâton. Les combinaisons défensives peuvent ainsi être variées par l’altération des lignes d’attaque et de défense selon la position de chaque arme.

Chaque type ou zone d’entraînement peut s’appliquer à des situations de plusieurs adversaires, soit une personne contre plusieurs ou soit entre groupe. Tout cela ajoute à nouveau de la variété à l’entraînement et permet le développement d’attributs importants tels que les déplacements et la conscience.

D’autres zones d’entraînement non décrites plus haut incluent des armes souples, des projectiles et le « tabak toyok » (plus connu sous le nom de nunchaku).

Le Warrior Eskrima, comme vu précédemment, comprend un grand éventail de méthodes d’entraînements servant au développement du pratiquant. Ainsi, l’efficacité au combat est obtenue au moyen d’un mélange de simplicité et de vivacité ajouté à une touche de ruse et d’un mental déterminé propre à tout Art martial. Comme dans tout apprentissage, le pratiquant découvre toujours quelque chose de nouveau et ses recherches martiales ne sont qu’une source infinie de fascination et de satisfaction.